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Après la rose, le crocus sativus est la deuxième fleur de l’Iran. C’est à partir de cette plante bulbeuse cousine de l’iris et du glaïeul, que l’on obtient les pistils de safran si prisés dans le monde entier.

Par Anne-Salomé Daure

Le crocus sativus est une fleur capricieuse, qui exige un climat rigoureux et une haute altitude. Elle affectionne les plaines sèches, froides et ensoleillées et fleurit au début de l’automne, à plus de 1 000 mètres d’altitude. L’Iran est l’un des rares pays capable de satisfaire à ses exigences.

Elle est cultivée sur le plateau iranien depuis le Ve siècle avant notre ère. Le safran était réputé pour ses qualités thérapeutiques et se trouvait en abondance à la table des souverains achéménides. Il entrait également dans la composition de produits cosmétiques. Selon l’historien grec Pline, les aristocrates perses enduisaient leur corps d’un onguent composé de graisse de lion, de vin de palme et de safran, qui procurait à la peau une teinte dorée. Le safran fût également utilisé durant des siècles comme teinture pour les tissus et les tapis, ainsi que comme pigment dans les miniatures persanes.

safran Iran
© financialtribune.com

Pour obtenir un kilogramme de ces pistils appelés « za’ferân » en persan moderne, il faut récolter 150 000 à 300 000 fleurs, ce qui représente 75 à 200 heures de cueillette. La cueillette du safran est un travail délicat et nécessitant une importante main d’œuvre. Les pistils rouges du crocus sativus doivent être prélevés à la main, fleur par fleur, d’un geste délicat et vertical afin de préserver les filaments blancs qui y sont attachés. En Iran, le pistil du safran est généralement vendu seul ou accompagné de ses filaments blancs, qui sont une garantie d’authenticité du produit.

Nombreuses sont les imitations et les poudres de safran additionnées de substances étrangères vendues sur les marchés internationaux, mais le safran iranien est considéré comme le meilleur au monde, et son prix peut atteindre 3 000 dollars le kilo.

Forte production mais faible notoriété
90 % de la production mondiale de safran provient d’Iran. Malgré cette situation de quasi-monopole, l’Iran n’est pas encore parvenu à s’imposer sur ce marché et à y faire reconnaître son excellence. Le safran iranien reste peu connu en Occident, et s’exporte principalement vers les Emirats Arabes Unis, l’Arabie Saoudite, la Turquie et l’Espagne. Cette dernière qui produit annuellement 1,5 tonne de safran, en exporte pourtant 70 tonnes. Peu de consommateurs savent que le safran qu’ils achètent sous l’appellation « produit d’Espagne » est le plus souvent un safran iranien de qualité, importé et emballé dans la péninsule ibérique avant d’être distribué sur le marché européen.

Dans le but de faire reconnaître ce savoir-faire millénaire, le gouvernement iranien tente depuis quelques années de créer une marque de safran iranien auprès de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI).  La levée des sanctions économiques contre l’Iran pourrait bien lui permettre de retrouver sur le marché des producteurs de safran la place qu’il mérite.

safran Iran
 

Photo de couverture : © aryapajoo.com